Il y a 3 ans, je me posais la question “Mais en fait c’est qui Monique Ranou ?”, une interrogation bien particulière qui m’a plongé dans les méandres des marques propres d’Intermarché. Le premier article était consacré à quelques prénoms sur les emballages, vous pouvez le lire (ou relire) ici.
Alors que, depuis début 2025, le groupement Mousquetaires, est en pleine réduction de ses MDD avec une nouvelle marque ombrelle « Intermarché », c’est l’occasion de retourner dans l’histoire de ces marques. Aujourd’hui, plongeons nous dans l’histoire des eaux d’Inter.
Raccourcis vers les marques

Avant toute chose, allons en 1996. En septembre de cette année-là, une drôle de pub passe à la télé. Dans une piscine, une femme nous demande si l’on est fidèle à notre eau, parce qu’en tout cas, elle, ne l’est pas ! Lors du packshot final, ce n’est pas une mais cinq marques d’eau qui apparaissent avec un slogan “Changez d’air, changez d’eau”. D’après la pub, ces cinq marques se sont associées pour nous inciter à respecter cette recommandation des médecins : il faut varier l’eau en bouteille que l’on boit.
En réalité, vous vous en doutez, ces cinq marques ne se sont pas associées par hasard : elles appartiennent toutes aux Mousquetaires. Une nouvelle fois, Inter profite de produire ses propres marques pour indirectement faire sa pub à la télévision. Un support toujours interdit à la grande distribution comme on l’a vu précédemment. Quant à la recommandation, si l’enseigne commande une étude qui va dans ce sens, en réalité ce n’est pas tant la marque qu’il faudrait varier mais plutôt les types d’eau. En gros, si vous passez de la Salvetat très salée pour une autre marque très salée, ça ne change pas grand chose.


Néanmoins, cette campagne, qui s’attaque frontalement aux marques nationales bien installées, va créer un petit conflit entre les Mousquetaires et Danone qui retira ses eaux des rayons d’Inter pendant plusieurs semaines. Quant a Nestlé, en 1999, le groupe lança « étrangement » une campagne commune pour ses eaux avec une histoire de label, sans doute une réponse à la campagne des mousquetaires. Difficile de savoir l’impact réel qu’ont eu les spots sur les ventes d’eau Mousquetaires. Si les ventes ont augmentées, des industriels racontent dans les LSA de l’époque que les eaux Inter ont sans doute profité de la place laissée par Danone dans les rayons jusqu’en mars, comme les eaux pétillantes de Nestlé et Roxane ont aussi profité de ce vide.
Toujours est-il que cette campagne “Changez d’air, changez d’eau” a continué jusqu’en 2002, le slogan prenant de moins en moins de place au fil du temps pour laisser de la place aux caractéristiques et aux positionnements marketing de ces eaux.

Pour commencer, prenons le chemin de la montagne avec Aix-les-Bains. Ici on est typiquement sur une marque antique, d’abord promue sous le nom de sa source “Saint Simon”, l’eau d’Aix les bains est exploitée depuis 1848 et embouteillée depuis 1906.

Que ce soit en 1910 ou en 1926, les réclames vantent ses propriétés thermales et… radioactives. Pas certains que ce soit très vendeur aujourd’hui, mais c’était la mode à l’époque !
Si l’histoire raconte que l’eau fut essentiellement locale jusqu’au rachat par Intermarché, on peut quand même trouver quelques traces extra-savoyardes dès 1927.
Annoncée tout en haut à gauche de la une de ce journal à destination des américains en France, Aix s’annonce alors comme disponible dans tous les bons hôtels à travers la France et en anglais, please !

36 ans plus tard, en 1963, on retrouve l’eau dans La Voix du Nord, avec une typographie qui va rester un paquet d’années. Là encore, on est loin de la Savoie mais il est vrai que ça à l’air de rester exceptionnel.

Les traces publicitaires d’Aix sont rares jusqu’au rachat en 1986. Cette année-là, le maire d’Aix, rencontre le père d’Inter, Jean-Pierre Le Roch. La mairie souhaiterait que l’eau de la ville s’exporte à l’échelle nationale, afin de bénéficier à l’image de la localité. Le groupement saisi l’opportunité de développer son parc industriel avec l’embouteillage d’eau minérale. Dès l’année suivante, Aix-les-Bains est dans tous les rayons des Intermarché Français.
La marque se retrouve même sur les sacs plastiques de l’enseigne :

Puis de la deuxième en 1999, où ses caractéristiques font l’objet de débats enflammés entre les Pro-Luchon ou les Pro-Aix-les-Bains que ce soit en cure ou dans l’ascenseur.


En 2001, la marque retrouve le chemin la pub solo avec un spot où un bébé refuse de se nourrir au sein de sa mère avant que celle-ci aie bue son Aix-les-Bains, en guise d’exemple.
Outre l’ambiance un peu cheloue due à la lumière et l’étalonnage, je pense. Inter recadre ici sa marque sur une propriété intéressante: le fameux “convient à l’alimentation des nourrissons”
Une deuxième version plus bavarde, diffusée en 2002, insiste un peu plus sur la filiation entre la jeunesse et l’eau d’Aix. Une idée qui n’est pas sans rappeler sa grande concurrente et voisine : Evian

Un positionnement totalement transparent dans une campagne d’affichage 10 ans plus tard, en décembre 2011. Ici l’identité d’Aix décalque non seulement le code couleur d’Evian mais aussi l’idée d’adulte et son double bébé. Ajoutez à cela une figure sportive locale, un classique de l’eau minérale et c’est un combo gagnant.

Depuis, la marque est un peu revenue de la copie carbone (bonne année 72) d’Evian, en abandonnant (presque) le rose et la forte présence de nourrissons.
Elle garde cependant quelques particularités dans l’univers des Mousquetaires :
- Elle est aussi distribuée en dehors des circuits Mousquetaires dans la restauration et parfois même dans le commerce. L’été dernier j’ai vu des brumisateurs de la marque vendus dans des Leclerc autoroutier. Dans ces cas là, elle n’est pas identifiée comme un produits Mousquetaires.
- Chez Netto, c’est une sous marque de la gamme « Netto »
Ci-contre, l’atomiseur d’eau minérale encore en rayon, il y a une petite dizaine d’années.
Enfin, peut-être vous demandez vous :
Mais finalement, quelle est la montagne représentée sur le logo ?
Vous êtes curieux, j’adore.
Une vaste question qui aurait pu rester sans réponse claire comme pour le logo d’Evian, mais c’était sans compter sur cette photo présente dans la brochure de 1910, dont la couverture m’a servi d’illustration d’ouverture.

La Dent-du-Chat, sommet faisant face à la ville d’Aix, par de-là le lac du Bourget pourrait donc être un très bon candidat. Bien sûr, au fil des années les montagnes de l’étiquette ont souvent changé de formes, mais si on s’arrête sur l’étiquette en usage en 1988, franchement, le sommet représenté n’en est pas très éloigné. Rien est sûr, mais c’est ma théorie.


Luchon, ce nom bien étrange pour mes oreilles de petit Nordiste n’était que celui d’une marque d’eau obscure que je voyais de temps en temps dans les mains de copains qui, manifestement, ne faisaient pas les courses aux mêmes endroits que moi.

Pour les habitués du thermalisme, du ski, des festivals audiovisuels ou tout simplement habitants du sud-Ouest, le nom Luchon est sans doute plus associé à Bagnères-de-Luchon, ville thermale autoproclamée “Reine des Pyrénées qui a donné son nom à la station de ski : Luchon-Superbagnières (bien que située sur une autre commune) et qui aime simplement se faire appeler “Luchon” . En témoigne cette splendide pub pour le syndicat d’initiative en 1982 (Pourquoi se priver de com’ publique des années 80)
Une pub Luchon, qui parle d’eau, ressemble à une pub d’eau en bouteille mais n’est pas une pub d’eau en bouteille puisque l’embouteillage de la Source Lapadé, ne commencera que 12 ans plus tard, le 14 juin 1994. Une exploitation initiée par les Mousquetaires, si l’on se fie au dossier promotionnel des eaux du groupe en 2014 qui est bien plus bavard sur l’origine de ses autres eaux que sur celle-là.
A peine 15 jours plus tard, l’Eau Minérale Luchon démarre sa carrière publicitaire à la télé, avec une pub Luchon, qui parle d’eau, ressemble à une pub de station thermale mais n’est pas une station thermale. Son slogan “on sait d’où elle vient” l’intègre dans la série de pub des marques Intermarché de 1994 qui, sous couvert de nous parler des origines géographiques du produit, fait un énorme clin d’œil au client Mousquetaire qui sait de quelle enseigne il vient.
Une intention totalement transparente dans la version journal.
En 1996, la marque intègre la première campagne « Changez d’Air, changez d’Eau » puis on la retrouve dans la campagne de 1999, avec les débats des eaux, présentée à la partie précédente.
Elle revient dans un spot de plein exercice en 2001, comme Aix, ici avec un film étonnant où un daron assèche une cascade en buvant sa bouteille de Luchon, sous le regard médusé de son fils et terminée par un slogan en ASMR.

Vu de 2026, à une époque où l’industrie de l’eau en bouteille est régulièrement accusée, entre autres, d’épuiser les nappes phréatiques, c’est le genre de pub qui fait sérieusement grincer des dents.
D’ailleurs, je me dis que ce fut peut-être déjà le cas à l’époque car, en 2002, une seconde version de la pub a été diffusée. Cette fois le débit de la cascade est en rythme avec la descente du cycliste. Et comme pour Aix, une voix off achève de clarifier l’intention de la publicité : Luchon nous vante ses minéraux et sa capacité à revitaliser votre organisme
Le temps coule tranquille pour Luchon, pendant plus de 15 ans, jusqu’au 24 juillet 2019 où les bouteilles sont retirées des rayons. La raison ? Une composition minérale devenue trop fluctuante pour répondre à l’appellation Eau Minérale Naturelle.
L’aparté des appellations d’eaux en bouteille
Il existe plusieurs appellations concernant les eaux en bouteille, clarifions-les un peu avec leurs définitions en France.
Une Eau Minérale Naturelle est une eau est censée avoir une composition minérale stable, être protégée de la pollution extérieure, ne pas être traitée chimiquement pour la désinfecter et provenir de nappes phréatiques profondes. Il n’y a pas de seuil minimal de teneur en minéraux et la richesse de certaines eaux fait qu’elle ne sont pas forcément “potable” au sens où elle n’est pas adaptée à une consommation quotidienne.
En revanche, une Eau de Source désigne des eaux provenant de forages ou de sources avec une composition minérale plus variable au fil du temps. Néanmoins, elle doit respecter les critères de potabilités admis pour l’eau du robinet mais sans traitements chimiques, ni adjonctions.
La mention Eau de Table, plutôt désuète et assez rare en France aujourd’hui, désigne pour faire très simple : une eau du robinet mise en bouteille. L’eau doit être potable mais a pu être traitée chimiquement.
Pour Luchon, donc, si elle reste propre à la consommation, la désignation commerciale est trompeuse. Cette mention “Eau Minérale Naturelle” est importante côté marketing car elle permet de vendre l’eau plus chère qu’une eau de source. Depuis 2019, Agromousquetaires a fait choux blanc concernant les nouveaux forages et a revendu la marque et l’entreprise au groupe Ogeu, en 2022. 4 ans plus tard, toujours pas de nouvelles de l’embouteillage de l’eau de Luchon.

Quittons les villes d’eau pour la forêt de Brocéliande. Elle donne son nom à l’eau minérale de la source “Veneur” (moins vendeur) exploitée depuis 2000, par la Société des Eaux de Sources de Paimpont (encore moins vendeur à part si vous êtes le SDIS 35).

La source fut d’abord vendue sous la marque Arzhur, version bretonne du prénom « Arthur”. Un nom très malin par la triple consonance “Bretagne, Légende Celtique et Azur”.
L’éloignement graphique des standards « Intermarché » du logo ci-contre et son absence des bandeaux « Changez d’eau » dans les pubs, me laissent penser que c’était d’abord une marque pour CDM/Netto.
L’eau a été renommée “Brocéliande” vers 2005, 4 ans après le dépôt du nom à l’INPI. Un nom plus explicite sur sa provenance qui a peut-être eu lieu à l’occasion d’un passage « Eau de source/ Eau minérale naturelle »

Cantonnée à la Bretagne et ses environs, trouver une publicité de Brocéliande n’est pas simple mais son logo est très parlant. Visuel, typographie et slogan tournent autour du thème de la légende. Avec ce champ lexical, si la marque avait eu droit à un spot en bonne et due forme, je pense qu’il aurait eu un air de pub Quezac.
À noter : Contrairement à Aix, l’eau perds sa marque et reprends le nom de sa source quand elle est vendue chez Netto.

À noter (bis) : Une marque “Serpe d’eau”, dont je ne dispose pas de trace d’exploitation, a été déposée en même temps qu’Arzhur en 1998. Peut-être concerne t-elle la source Pas du Houx, autre eau commercialisée par la société de Paimpont et qui porte le nom d’un lac de la forêt.


Ce n’est peut-être pas la marque d’eau la plus connue d’Intermarché et pourtant ce n’est pas la plus récente. Vernet est une eau naturellement gazeuse dont l’autorisation d’exploitation remonte à 1874. La source est mentionnée dans des publicités de presse, dès 1878.
Son nom provient du lieu-dit où elle prend sa source : Le Vernet, à Prades, en Ardèche. La triple précision est importante car, au fil de l’eau, j’ai appris qu’il y a une ribambelle de Vernet et de Prades en France. Par exemple, Vernet-les-Bains, dans les Pyrénées-Orientales qui avait son eau embouteillée en 1843 et en faisait déjà la réclame. On comprends sans doute alors, qu’il fallu préciser, dès 1878, la géographie du Vernet qui nous intéresse avec un « Près Vals ».
(Vals qui est aussi une marque d’eau mais passons pour cette fois)
De 1906 à 1993, la marque appartient à la même société familiale qui distribue ses bouteilles localement.
Côté visuel, en 1904, la marque va utiliser deux fées des eaux, sur une affiche typique du début du siècle.
(Si quelqu’un à 3000$, elle est à vous)
Cette image fantastique va traverser le XXe siècle et persister sur l’étiquette, malgré les reprises et modernisation par différents groupes dans les années 90.



1996, marque le début de la distribution nationale de Vernet. L’année suivante elle a même le droit à sa publicité télé.
Un spot avec un truculent jeu de mots car, sur un titre d’Aznavour, on nous vends une eau “Very Table”. Le spot se termine sur un oxymore visuel : le packshot de l’eau pétillante est un plan débullé.
Remarquons aussi un retour à une étiquette plus vintage.
Fin 1998, la société est rachetée par Intermarché qui l’intègre à sa gamme dès l’année suivante.
La bouteille de Vernet intègre le packshot final de la campagne “Changez d’air, changez d’eau.” et change d’étiquette.
Le nouveau visuel, on ne peut plus à la mode de l’An 2000 fait table rase du passé.


Absente des campagne de pub depuis, en témoignent les chartes graphiques, elle fût présente dans les rayons au moins jusqu’en 2017.
Depuis l’eau est toujours embouteillée mais sous d’autres marques du groupe : Netto, Ondine ou Sainte Marguerite. Le nom Vernet se cantonne désormais à la mention de la source.


« Enfin une eau qui ne porte pas le nom d’un lieu » vous dites vous sûrement, en voyant débarquer Sainte-Marguerite, l’eau minérale naturellement pétillante des Mousquetaires.
Presque ! Pour remonter à la source de Sainte-Marguerite, il faut à Saint-Maurice-Es-Allier, village situé dans le Puy de Dôme. (Ça va vous suivez ?) En contre-bas du bourg, au bord de l’Allier, se trouve l’usine d’embouteillage de la Société des Eaux de Sainte Marguerite, qui tire son nom d’une petite station thermale qui tire elle-même son nom du lieu-dit qui tire lui son nom d’une chapelle dédiée à Sainte-Marguerite.
Cette Marguerite est Marguerite d’Antioche, martyre chrétienne qui, contrairement à ce que son nom laisse supposer, n’est pas la Sainte Patronne des Sous Titres Télétextes mal prononcés mais celle des femmes enceintes et des gens qui ont des maux de ventres. Ils l’invoquent pour les libérer de leur douleur. Parce que figurez-vous qu’elle s’y connaît dame Marguerite puisqu’elle s’est libéré elle même du ventre d’un dragon. Si, si, je vous jure ! Le site sites-et-patrimoines.fr nous apprends même qu’à une échelle plus auvergnate, on lui attribue des guérisons grâce à l’eau et la lutte contre une épidémie de peste. Marguerite ne le savait pas, mais elle avait le CV parfait pour finir en bouteille d’eau.


Ceci étant, parlons un peu des sources (tout de même). Il y avait déjà des thermes à l’époque Romaine et au Moyen-Age mais c’est au XIXe siècle, qu’un nouvel établissement thermal fut construit à Sainte Marguerite et que l’eau fut exploitée de façon moderne.
En 1894, une autorisation d’exploitation pour des eaux minérales est délivrée pour 3 des 6 sources. Il s’agit des sources Héron, Vallois (qui tire son nom de Charles de Valois dont le médecin Jean Blanc trouvait que ces eaux pouvait guérir d’affection rénales, anémies, fièvres et foie) et La Chapelle qui nous intéresse particulièrement ici et qui fût appelé ainsi grâce aux miraculeuses guérisons médiévales attribuées à Sainte Marguerite via sa chapelle. On trouve cependant des traces des eaux de Sainte Marguerite en bouteille, 9 ans avant cette autorisation grâce à une réclame d’un épicier de Chalon sur Saône, chez qui on pouvait s’approvisionner (25 francs les 50 bouteilles, verre compris)
En 1900, on apprend qu’elle est vendue via une compagnie française des eaux minérales naturelles et économique aux côté de la Source Vauban de Saint Amand (autre nom récurrent des eaux de marques distributeur de nos jours). Vers 1929, Georges Humbert rachète la source et développe l’activité des eaux en bouteilles, c’est donc peu surprenant qu’après des décennies de mentions dans des réclames de revendeurs, on trouve enfin une publicité propre sainte Marguerite dans la presse.

On trouve aussi des affiches, à la datation un peu complexe, ventant des propriétés qui n’ont rien a envier à l’Elixir du Dr.Doxey.
Coté com’, je n’ai rien trouvé à part des étiquettes jusqu’en 1994, où Sainte Marguerite a le droit à une pub télé. À l’époque, l’eau appartient à la famille Saier, après deux reventes depuis la mort de Georges Humbert en 1986. On voit dans le spot, une femme se confessant sur son péché de gourmandise. (Les légendes sont les vrais textes)

Le 10 juillet 1995, ça y est, après 100 ans d’existence officielle, Sainte Marguerite arrive chez Les Mousquetaires et l’année suivante elle a droit à son spot “court” dans la campagne changez d’air changez d’eau.
30 ans plus tard, la marque Sainte Marguerite existe toujours mais une nouvelle source “Marguita” semble avoir remplacé la Chapelle sur les bouteilles classiques qui s’inspirent de Badoit. Plus globalement, c’est devenu la marque des eaux gazeuses d’Inter puisque les eaux issues d’autres sites, sont annoncées par un “Inspiré par Sainte Marguerite”


Et si on partait en Antartic mais dans le Loiret ? À Saint Martin d’Abbat, précisément.
C’est dans ce village, connu pour ses boites aux lettres rigolotes d’après le 13h de TF1, que se situe depuis 1981, l’usine Antartic d’Intermarché. Elle produit des sirops et boissons, entre autres, on y reviendra en temps venu. Restons sur l’eau pour l’instant.
Chez Antartic, 4 sources sont embouteillées :

Saint Benoit
Embouteillée depuis 1988, la source Saint Benoît est utilisée à la fois pour de l’eau plate et de l’eau gazéifiée. C’est sous cette forme pétillante que la source devint une marque propre.
Sous titrée “La pétillante” (comme son équivalent chez Leclerc), elle est présente dans la campagne Changez d’air, changez d’eau de 1996.
Quand on regarde l’évolution des étiquettes, on s’aperçoit que la marque perds progressivement de son importance jusqu’à redevenir simplement une source sous l’ombrelle d’Ondine, comme l’a toujours été sa version plate, en France chez Inter en tous cas.


En effet, il existe des versions alternatives des étiquettes pour l’exportation, où Saint Benoit est pleinement une marque et si vous faites vos courses chez Coccinelle ou n’importe quel autre magasin distribuant des produits Belle France, vous trouverez de la Saint Benoît en guise d’eau pétillante.
Native
L’histoire de Native est un miroir de celle de Saint Benoit.
Déposée en 1994, la marque n’est alors qu’un simple nom de source que l’on retrouve sous la marque “Saint Martin d’Abbat” puis Netto chez Les Mousquetaires et Belle France chez la Francap !
Ce n’est qu’en 2020, que l’eau minérale de Native est lancée en temps que marque à part entière avec une identité propre.


Les Chesneaux & Les Genêts
Il reste deux sources embouteillée à Saint Martin : les Chesneaux, nom déposé en 2001, et la Source des Genêts. À ma connaissance, elles n’ont jamais été exploitée en tant que marque mais toujours sous l’ombrelle d’Ondine, Top Budget, Netto ou des produits génériques.


Fiée des Lois est une eau de source embouteillée à Prahecq, dont l’autorisation préfectorale remonte à 1982 et embouteillée en plastique depuis 1984.
Pas facile de trouver des infos sur son histoire si ce n’est qu’elle a été d’abord commercialisée sous la marque Prahecq avant que le nom de la source devienne celui de la marque. Ce nom est également celui de l’entreprise de négoces et d’embouteillage de vin d’Inter, c’est la même usine. Qui de l’un ou l’autre à donné son nom en premier ? Mystère, à en croire un article de Ouest France, l’entreprise était d’abord plus connue pour son eau que pour son vin.
Cependant, quand on cherche à savoir ce que signifie “Fiée des lois”, c’est un mystère. On pourrait faire un rapprochement avec le “Fié Gris”, l’autre nom de la variété de raisin Sauvignon Gris, mais si quelqu’un a une idée précise de ce que ce nom signifie, je suis preneur !
Il ne se passe pas grand chose dans l’histoire de Fiée des Lois si ce n’est que le 14 février 2024, la marque a fait parlé d’elle en étant retiré de la vente par précaution. Des pesticides ont été détectés. Elle est de retour en juin de la même année.
Puisque ce n’était déjà pas suffisamment le bazar comme ça, l’eau Fiée des Lois est aussi embouteillée sous la marque Idrel probablement destinée à l’export mais il existait aussi une version pétillante sous la marque Carat à ne pas confondre avec 18 Carats qui était de l’eau de source Belle Croix gazéifiée, toujours à Prahecq.



Bon et finalement, qu’est-ce qu’Ondine ?
Vous le savez sûrement, c’est l’autre marque d’eau de source des Mousquetaires, celle sous laquelle est commercialisée différentes sources, un peu comme Cristaline. Vu la similarité du concept et ses étiquettes bleues foncées, je pensais d’ailleurs que la marque était un décalque de celle du groupe Alma-Roxane mais en fait pas du tout. Figurez vous que l’on retrouve une trace de la marque dans une pub Intermarché de 1982, un an avant son dépôt à l’INPI et près de 10 ans avant la Cristaline.
Je ne prends pas trop de risques en supposant que le nom Ondine provient des Ondines : Semi-divinités, génies des eaux, nymphes aquatiques, sirènes d’eaux douce, sœurs des Ondins, légendes des eaux courantes à la chevelure hors-pair, dresseuses Pokémon en devenir et sujets de peintures notoires.
Ci-contre, une ondine représentée dans le tableau bien nommé « Ondine » du non-moins bien nommé John-William Waterhouse
(Jean-Poire Baraflotte, en Français)

La marque d’Inter est qualifiée, à juste titre, de marque de distribution sur ses premières étiquettes. Elles sont à l’époque d’un rose pétant et les sources embouteillées n’appartiennent alors pas aux Mousquetaires. Logique, puisque l’empire aquatique n’en est qu’à ses balbutiements.
Voici donc, pour conclure, une liste de 10 sources tierces embouteillées dans les années 80/90 pour Intermarché que j’ai pu identifier grâce aux sites de collectionneurs et aux deux miraculeuses vieilleries qui ont fini dans ma collection.
Source du Fresne

Située à Nozay, obscure eau de source dont l’autorisation préfectorale remonte à 1970 et dont l’étiquette qui a atterri dans ma collection est sûrement la plus ancienne que l’on pourra voir ici puisque c’est la seule où la quantité est inscrite en toutes lettres.
Source Cristal Roc

Grand classique de l’eau de source, la Cristal-Roc, qui donna sans doute son nom à Cristaline, fût une source également embouteillée pour Intermarché. D’après l’étiquette, l’autorisation d’embouteiller en plastique remonte en 1977. On peut donc supposer que c’était une des premières sources disponibles quand Ondine fut créée.
Source La Luciole

Future source de Cristaline également, La Luciole au Luc-en-Provence (83) est autorisée d’embouteiller depuis 1982. J’estime sa période dans les bouteille d’Ondine du milieu des années 80 au milieu des années 90, au vu des étiquettes disponibles. Pour le reste, je n’ai pas l’impression que la source soit encore exploitée.
Source de la Bondoire Saint Hippolyte
Source Cristaline toujours, celle de La Bondoire-Saint Hippolyte à Loche (37) est également autorisée depuis 1982. Elle a dû être embouteillée chez Inter sur la même période que la Luciole. La différence avec la source précédente, c’est que cette fois, on sait qu’elle n’est plus exploitée depuis la fin des années 90, d’après le site Worldwater.fr.
Source Saint Médard
Cristaline encore, Saint Médard, à Saint-Martin-de-Gurson (24) est autorisée depuis le 14 juin 1993. Chez Intermarché, seule une étiquette datant de 1993 environ est disponible.
Source des Vélines

Cette fois sans lien avec Cristaline, la source de Vélines située à Montcaret (24) fut embouteillée jusqu’en 1995. On ne trouve pour Inter, qu’une étiquette des années 80.
Source Teissières

Teissières à Teissières-les-Boulies, était une marque d’eau gazeuse relativement connue avant la Seconde Guerre Mondiale, cependant des difficultés d’exploitation menèrent à la faillite de la société qui gérait la source. En 1981, le nom Teissières revient sur les bouteille en tant que nom de source suite au rachat de celle-ci par la commune, cependant cette nouvelle eau n’est plus gazeuse. Son exploitation durera jusqu’en 1994. Chez Inter, on trouve une étiquette que l’on peut dater de 1989.
Source Fontaine de la Reine
C’est à Castelnau de Brassac (81) qu’est embouteillée l’eau Fontaine de la Reine, depuis juin 1992. Son nom ferait référence à une légende locale,d’après un article de la Dépêche de 2015, où l’on apprends également que le nom de la source était plus long d’un « Du Mont Roucous » au début mais que cette partie a été abandonnée au profit d’un concurrent, l’eau Mont Roucous.
Source Centrale
La Source Centrale est une des sources embouteillées à Ogeu. Elle s’est retrouvée sous des étiquettes Ogeu, Pyrénéa, Ondine et plein de marques de la grande distribution. Il y a plusieurs forage « Source Centrale » à Ogeu mais celui qui nous interresse pour cette étiquette aurait été autorisé d’embouteiller en 1971 et sûrement jusqu’en 1995, année d’autorisation d’un nouveau forage.
Source La Prime
Et pour terminer, on reste dans les Pyrénées en allant à Auzat (09), où la source La Prime, autorisée depuis 1992 est embouteillée par la même société que l’eau Montcalm. Pour Intermarché, c’était manifestement pour de grosse bouteilles de 5L.
Et c’est ainsi que s’achève cet article. Il ne devait pas être si long à l’origine mais bon comme d’habitude on tire un fil et c’est toute la pelote qui vient. Un grand merci d’être arrivé jusqu’ici. J’adresse également de chaleureux remerciements aux webmasters des sites Aquamania.net et Worldwater.fr. En m’accordant la réutilisation des collections de leurs sites, ils m’ont permis d’illustrer richement cet article. Worldwater.fr m’a même transmis des scans en plus haute définition, vraiment merci beaucoup.
J’en profite aussi pour mentionner le site labelsmania.com, des collectionneurs italiens chez qui il y a de bien belles étiquettes également.
À bientôt.
Autres sources non-aqueuses :
- Eaux minérales, le guide de l’amateur, livre de Jean-François Dormoy, paru en 1999 aux éditions Soline
- Le Grand Livre de l’Eau, livre de Jacques Mercier, paru en 2000 aux éditions La Renaissance du Livre
- Les PDF de présentations des marques d’Intermarché pour l’export et les sites Agromousquetaires
- Intermarché continue à proner l’infidélité, 1997, LSA
- L’eau minérale d’Aix-les-Bains, une marque de reconnaissance locale, 2017, Le Messager
- Ogeu met la main sur les eaux de Luchon, 2022, Rayon-boissons
- Vernet chez Intermarché, 1999, LSA
- Les archives de Retronews de la BNF.
- Le lancement de Native, par Rayon-Boissons
- Légifrance et les décrets sur les eaux potables
- L’agrandissement de la Fiée des Lois, Ouest-France, 2019
- Intermarché: les bouteilles d’eau « Fiée des Lois » retirées des supermarchés à cause de pesticides, 2019, BFM
- Superbougnat, Les Sources de Sainte-Marguerite





























